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FULL MOONAFRICA
Tambours en bois à peau tendue et une kora posés sur le sable d'une plage de Casamance au crépuscule

Culture26 août 20266 min de lecture

Kora, djembé, bougarabou : les instruments qui font battre le cœur de la Casamance

La basse du bougarabou, l'attaque du djembé, le chant de la kora : trois instruments pour écouter la Casamance, et comprendre comment la fête d'aujourd'hui, du concert au DJ set, dialogue avec eux sous la pleine lune.

Par Marc DOLLIE

Fermez les yeux une seconde sur une plage de Casamance, à la tombée de la nuit. Avant la lumière, avant la foule, c'est le son qui arrive. Une basse ronde qui monte du sable, une frappe sèche qui la découpe, puis un fil de notes claires qui se pose dessus comme une voix. Trois instruments, trois voix : le bougarabou, le djembé et la kora. Ils disent d'où vient ce territoire, et ils sont la matière première de ce qui se passe lors d'une nuit de pleine lune à Cap Skirring. Voici comment les reconnaître à l'oreille, ce qu'ils racontent, et comment la fête d'aujourd'hui dialogue avec eux.

Le bougarabou : la basse qui vient du sol

Si un instrument appartient à la Casamance, c'est celui-là. Le bougarabou est le tambour des Diola, le peuple de la Basse-Casamance, et on le retrouve aussi de l'autre côté des frontières, en Gambie et en Guinée-Bissau. Son fût en bois, allongé, porte une seule peau, de vache ou de veau, tendue par des chevilles de bois et des cordes. C'est cette peau épaisse qui lui donne sa signature : un son grave, rond, qui se sent dans la poitrine avant de s'entendre.

Sa manière d'être joué a changé au fil du siècle dernier. Autrefois, le bougarabou se jouait seul, à une main et une baguette. Depuis le milieu du XXe siècle, on le rencontre surtout en batterie : trois ou quatre tambours de tailles différentes, alignés devant un seul percussionniste qui joue debout, à deux mains, passant de l'un à l'autre. Beaucoup de joueurs portent aux poignets des bracelets métalliques qui cliquettent à chaque frappe et ajoutent une texture fine au-dessus des basses. Le résultat ressemble à une mélodie de graves, une ligne qui avance et qui appelle la danse.

Car le bougarabou ne se joue pas pour être écouté assis. Il accompagne les danses et les fêtes diola, il donne le tempo aux corps. Quand vous l'entendrez pour la première fois, vous comprendrez vite pourquoi : on ne reste pas immobile longtemps à côté d'une batterie de bougarabous.

Comment le reconnaître

  • Le son est grave, enveloppant, avec peu d'aigus : on l'entend de loin, comme un battement.
  • Le musicien est debout devant plusieurs fûts, pas assis avec un seul tambour entre les genoux.
  • Un cliquetis métallique accompagne souvent les frappes : ce sont les bracelets.

Le djembé : l'attaque et la parole

Le djembé est sans doute le tambour africain le plus connu au monde, et il vient d'un autre grand ensemble culturel de l'Afrique de l'Ouest : le monde mandingue. Sa forme en calice est reconnaissable entre toutes : un fût évasé en haut, resserré au milieu, ouvert en bas, coiffé d'une peau de chèvre, plus fine que celle du bougarabou. Cette finesse change tout. Là où le bougarabou parle dans les graves, le djembé couvre toute l'étendue : les basses au centre de la peau, les tons sur le bord, les claqués secs qui percent n'importe quel brouhaha.

Il se joue à mains nues, et c'est un instrument de conversation. Dans un groupe de percussions, le djembé pose les phrases, lance les appels, répond aux danseurs. Placé à côté du bougarabou, dont le fût est plus allongé que le sien, il en est le complément naturel : l'un tient le sol, l'autre dessine par-dessus. Ensemble, ils forment une paire qu'on entend souvent dans les fêtes de la région, et qui résume assez bien la Casamance elle-même : un territoire où les cultures diola et mandingue vivent côte à côte, chacune avec sa voix.

La kora : le chant des cordes

Et puis il y a la kora. Ni tambour ni guitare : une harpe-luth à 21 cordes, montées sur un long manche planté dans une demi-calebasse recouverte de peau. Le musicien la tient face à lui, les deux mains de part et d'autre des cordes, et pince avec les pouces et les index. Ce qui en sort ne ressemble à rien d'autre : un ruissellement de notes, clair et continu, qui peut porter une mélodie, un accompagnement et une basse en même temps.

La kora est l'instrument des griots mandingues, ces musiciens et conteurs qu'on trouve au Sénégal, en Gambie, au Mali et en Guinée, et elle est bien présente en Casamance. Elle porte les récits, les louanges, les histoires de famille. Si le bougarabou et le djembé font danser, la kora fait écouter. À la tombée du jour, elle est l'instrument du moment suspendu, quand le soleil descend dans l'océan et que la soirée n'a pas encore choisi son rythme.

Trois instruments, trois voix : le repère

InstrumentFamilleMatièreCe qu'on entend
BougarabouTambour diola de CasamanceFût en bois allongé, une peau de vache ou de veau, chevilles et cordesUne basse ronde et profonde, jouée debout sur trois ou quatre fûts, avec le cliquetis des bracelets
DjembéTambour mandingue d'Afrique de l'OuestFût en calice, peau de chèvreToute l'étendue à mains nues : basses, tons, claqués qui percent
KoraHarpe-luth des griots mandinguesDemi-calebasse recouverte de peau, long manche, 21 cordesUn ruissellement de notes claires, mélodie et accompagnement à la fois

Avec ce tableau en tête, une soirée en Casamance devient une écoute active. Vous saurez dire, sans voir la scène, qui est en train de jouer. Et vous remarquerez une chose : ces trois voix se répondent rarement par hasard. Quand le bougarabou ralentit, la kora prend la place ; quand le djembé lance un appel, les danseurs répondent.

Ce que ces instruments disent du territoire

On pourrait voir dans ces trois instruments trois objets de musée. Ce serait passer à côté de l'essentiel. Ils sont vivants, joués chaque semaine dans les villages, dans les fêtes de famille, sur les terrasses. Et ils dessinent, mieux qu'une carte, la géographie humaine de la Casamance : la Basse-Casamance diola, avec son tambour à la basse reconnaissable ; le monde mandingue, avec son djembé et sa kora, dont l'influence traverse toute la région. Deux héritages, aucune hiérarchie, et une habitude très casamançaise de les faire sonner ensemble.

C'est précisément ce que cherche Full Moon Africa, portée par les Ambassadeurs de Casamance : mettre sur une même plage, une même nuit, les talents du territoire et ce qui fait sa culture. Pas une reconstitution, une fête. Les percussions y ont leur place dès le début de soirée, et elles reviennent au fil de la nuit comme un fil conducteur. Pour sentir l'ambiance d'une soirée sur la plage de Cap Skirring, imaginez simplement ces sons-là, les pieds dans le sable, sous la lune.

Quand la tradition rencontre le DJ set

Une nuit Full Moon Africa ne s'arrête pas aux tambours. Le programme type de la soirée prévoit un concert live à 21h, puis un DJ set à partir de 22h30, sur des sons d'afro house, d'amapiano et de world beats, avant le Full Moon Moment à minuit. Et c'est là que la boucle se referme. L'amapiano, ce genre venu d'Afrique du Sud, repose sur le log drum, une basse profonde et rebondissante qui fait tout le groove du morceau. Écoutez-la après avoir entendu un bougarabou : c'est la même idée, une basse qui tient le sol et appelle le corps, passée par l'électronique. L'afro house fait la même chose avec les percussions, qu'elle échantillonne, boucle et relance.

Le DJ set prolonge donc les instruments plus qu'il ne les remplace. Et ce dialogue entre le bois, la peau et la machine est l'une des raisons pour lesquelles la Casamance est un terrain si naturel pour cette fête. Si la scène musicale vous intéresse au-delà de la nuit de pleine lune, notre guide des concerts et de la musique live à Cap Skirring vous donnera d'autres repères.

Un dernier exemple de ce dialogue : l'hymne « Sous la lune de Casamance », écrit pour l'événement, qu'on peut écouter et chanter sur la page dédiée à l'hymne. Il tourne à 125 battements par minute, un tempo de danse, et il est pensé pour que les percussions du territoire puissent le reprendre.

Préparer vos oreilles avant la pleine lune

Vous avez maintenant trois repères pour écouter la Casamance. Le reste se fait sur place, et il y a une méthode simple. Arrivez tôt dans la soirée, quand les percussions s'accordent : c'est le moment où l'on distingue le mieux chaque instrument. Approchez-vous des musiciens, regardez leurs mains et leurs poignets. Puis laissez la nuit avancer et notez, au moment du DJ set, les instants où le log drum vous rappelle le bougarabou entendu deux heures plus tôt. Pour le reste de la nuit, laissez simplement la nuit casamançaise suivre son cours.

Et pour que cette écoute s'inscrive dans un vrai voyage, les plages, le fleuve, la mangrove, les villages où ces instruments se jouent encore chaque semaine, une adresse rassemble la destination : VisitCasamance.com, la plateforme de découverte de la Casamance. Consultez-la avant de partir. Les tambours, eux, vous attendront sur le sable.

Préparez votre venue

Full Moon Africa est une nuit. La Casamance est une destination.

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