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FULL MOONAFRICA
Platines et table de mixage installées sur une plage la nuit, sous la pleine lune, silhouettes de danseurs au loin

Musique30 août 20265 min de lecture

L'amapiano, c'est quoi ? Le son sud-africain qui a conquis les pistes du continent

Une basse qui rebondit, un piano qui flâne, un tempo qui ne se presse pas : l'amapiano, né dans les townships sud-africains, est devenu le son des nuits du continent. Comment le reconnaître, d'où il vient, et ce qu'il raconte aux tambours de Casamance.

Par Marc DOLLIE

Vous l'avez sûrement déjà entendu sans savoir le nommer. Une basse qui rebondit comme une balle sur le sable, un piano qui flâne par-dessus, des shakers qui tiennent le temps, et ce tempo qui refuse de se presser. Sur une terrasse de Dakar, dans un taxi à Abidjan, au fond d'un restaurant de Lisbonne ou de Londres : l'amapiano s'est installé partout où l'on danse, sans forcer la porte. Il est aussi au programme des nuits Full Moon Africa à Cap Skirring, dans le DJ set qui prend le relais des musiciens en fin de soirée. Voici comment le reconnaître, d'où il vient, et pourquoi il sonne si juste sous la pleine lune.

Le reconnaître à l'oreille en trente secondes

L'amapiano a une signature que personne ne confond une fois qu'il l'a repérée : le log drum. C'est une basse profonde, ronde, qui ne tient pas une note mais bondit, comme frappée sur un tronc creux. Elle arrive rarement dès les premières mesures. Le morceau s'installe d'abord avec des shakers, quelques accords de piano un peu jazz, parfois une voix ou un sifflet, et puis la basse tombe. Sur une piste de danse, ce moment-là se voit autant qu'il s'entend.

Deuxième indice : le tempo. L'amapiano avance autour de 110 à 120 battements par minute, nettement plus lentement que la plupart des musiques de club. Cette lenteur n'est pas un manque d'énergie. Elle laisse de la place : entre deux coups de basse, il y a de l'air, et c'est dans cet air que le corps trouve son balancement. On ne saute pas sur l'amapiano, on s'y glisse.

Troisième indice : l'espace dans le mix. Peu d'éléments jouent en même temps. Le piano, les percussions légères, la basse, une voix ; chacun a sa fenêtre. Si vous entendez un morceau qui semble respirer, où chaque son a le temps d'exister avant le suivant, vous êtes probablement en train d'écouter de l'amapiano.

D'où vient ce son

Le nom d'abord. Amapiano vient du zoulou et signifie « les pianos », au pluriel. Ce pluriel dit déjà quelque chose : une musique d'accords, de claviers, de nappes, avant d'être une musique de rythme pur.

Le genre est né en Afrique du Sud vers 2012, dans les townships du Gauteng, la province de Johannesburg et de Pretoria. Les deux villes se disputent encore le berceau, et la question n'est pas tranchée. Ce qui est établi, c'est la manière dont il est apparu : non pas dans de grands studios, mais chez des producteurs qui travaillaient depuis leur chambre, sur un ordinateur, en s'échangeant les morceaux de main en main et de téléphone en téléphone.

L'amapiano n'est pas sorti de nulle part. Il s'appuie sur une tradition house sud-africaine déjà riche : le kwaito des années 1990, ce son des townships de Johannesburg qui ralentissait la house pour la faire chanter ; la deep house, avec ses accords longs et sa chaleur ; et la bacardi house associée à Pretoria. L'amapiano a pris à chacun quelque chose et en a fait une musique nouvelle, plus lente, plus souple, et surtout portée par cette basse en bois.

Il a fallu presque une décennie pour que le monde l'entende. Au début des années 2020, le genre a franchi les frontières du continent, puis de l'Afrique, et il est devenu l'un des sons que l'on reconnaît immédiatement d'un bout à l'autre de la planète dansante.

Pourquoi il voyage si bien

Beaucoup de musiques locales restent locales. L'amapiano, lui, a traversé les langues, les pays et les générations. Trois raisons, au moins, l'expliquent.

Il se danse sans apprentissage

Le tempo lent et la basse rebondissante proposent un mouvement simple : un balancement des hanches, un pas qui traîne légèrement, des épaules qui suivent. Personne n'a besoin d'un cours pour entrer dans un morceau d'amapiano. Et la piste reste accueillante pour ceux qui dansent bien comme pour ceux qui dansent peu.

Il s'entend comme une conversation

Parce que le mix laisse de l'espace, l'amapiano ne couvre pas tout. On peut parler par-dessus, rire, s'approcher de quelqu'un. C'est une musique qui accompagne une soirée plutôt qu'elle ne l'écrase. C'est peut-être pour cela qu'il passe aussi bien dans un salon que dans un club, sur une plage que dans une rue.

Il est fait pour la nuit longue

Une musique trop rapide épuise. L'amapiano, avec sa lenteur, se laisse écouter des heures. Il monte par paliers, redescend, repart. Sur une nuit qui commence au coucher du soleil et finit au petit matin, c'est exactement la respiration qu'il faut.

Ce qu'il raconte aux percussions de Casamance

On pourrait croire qu'un son électronique sud-africain et les tambours de Casamance n'ont rien à se dire. C'est le contraire. Le log drum de l'amapiano est une basse de bois, un son qui évoque un tronc creux frappé. En Casamance, le bougarabou, tambour des Diola, porte justement ce registre : un son grave, rond, qui parle au ventre avant de parler aux pieds. Quand un DJ enchaîne un passage d'amapiano après un set de percussions, le public ne change pas de monde. Il change de siècle, peut-être, mais pas de langue.

C'est l'un des fils de la nuit Full Moon Africa : le programme type fait se succéder un concert live, puis un DJ set où l'afro house, l'amapiano et les world beats prennent la relève, avant le Full Moon Moment à minuit. Le passage de l'un à l'autre n'est pas une rupture, c'est une continuité de basses. Ceux qui ont assisté à un concert sur le sable de Cap Skirring savent ce que le tambour fait au corps ; l'amapiano prolonge ce travail à sa manière.

Pour s'y retrouver, voici comment trois registres de la nuit se distinguent à l'oreille.

RegistreTempoInstrument signatureSensation
AmapianoLent, autour de 110 à 120 BPMLog drum, piano jazzy, shakersBalancement, espace, conversation possible
Afro housePlus soutenu, régulierGrosse caisse continue, percussions en boucle, voix ou chantsTranse progressive, pas répétitif, montée par couches
Percussions traditionnellesVariable, dicté par les danseursBougarabou, djembé, mains et baguettesAppel et réponse, cercle, énergie collective

Sa place sous la pleine lune

Pourquoi l'amapiano convient-il si bien à une nuit de pleine lune sur une plage ? Parce que tout y est lent et ample : la marée, la lumière, la chaleur qui retombe. Une musique pressée y sonnerait faux. L'amapiano, lui, accompagne le paysage. Sa basse fait écho aux vagues, son piano laisse de la place au vent, et son tempo correspond à celui d'une foule vêtue de blanc qui danse les pieds dans le sable.

Il arrive à l'heure où la soirée a déjà trouvé son rythme. Le défilé, le concours de danse, le concert : chaque temps de la nuit a sa musique, et le DJ set ouvre la partie où l'on ne regarde plus, où l'on participe. Si vous préparez votre première venue, notre guide de la première full moon vous dira comment arriver prêt, du vêtement blanc à l'état d'esprit.

Et puis il y a l'hymne. Sous la lune de Casamance, le morceau qui accompagne Full Moon Africa, avance à 125 battements par minute, juste au-dessus de l'amapiano. Il fait le pont : assez lent pour rester dans la même respiration, assez vif pour lancer le Full Moon Moment. Vous pouvez l'écouter et lire ses paroles avant de venir, et le fredonner quand il arrivera dans la nuit.

Écouter, puis venir danser

Si vous découvrez l'amapiano, commencez simplement : choisissez un morceau, attendez la basse, et observez ce que fait votre corps au moment où elle tombe. Vous saurez alors si ce son est pour vous. Il l'est pour beaucoup.

Puis venez l'entendre là où il prend tout son sens : dans une nuit qui commence avec les tambours et finit avec la lune haute, à Cap Skirring, en Casamance. Les prochaines pleines lunes sont annoncées sur la page des dates. Et pour composer le séjour qui vous y conduira, plages, fleuve, villages et tables de la région, une adresse rassemble l'essentiel de la destination : VisitCasamance.com. La pleine lune revient chaque mois. L'amapiano, lui, vous attendra sur le sable.

Préparez votre venue

Full Moon Africa est une nuit. La Casamance est une destination.

Découvrir la Casamance sur VisitCasamance.com
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